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Appât du gain, hommage et humour : voyage au pays des faux et des imitations par Déborah Moine

Depuis l’aurore de l’histoire de la monnaie, il existe un secteur de la copie. Le but de cette dernière peut être multiple : l’appât du gain, l’humour et l’hommage.

 

 

 

Les plus grands producteurs de « copies de monnaies » durant l’Antiquité furent les Celtes. Les armées macédoniennes de Philippe II de Macédoine et de son fils Alexandre le Grand employèrent de nombreux mercenaires celtes. Certains s’installèrent dans les provinces de leur empire ( ex. les Galates en Turquie actuelle ), d’autres rentrèrent au pays avec leur solde, payée en monnaie grecque, des statères d’or et d’électrum.

 

L’emploi de la monnaie dans la zone celtique de l’Europe se développa grâce à eux. Certaines contrées comme les îles britanniques, se contentèrent de les garder en trésor, tandis que dans les Gaules, les monnaies furent copiées selon les critères artistiques de l’art gaulois : la figure de Philippe II sur le droit et le cheval du revers se dissolvent en une série de forme géométrique, dans une démarche protocubiste. La démarche de la copie monétaire est donc ici plutôt une volonté de récupérer une technologie étrangère et de l’adapter à sa civilisation. Durant l’Antiquité, la majorité des copies de monnaies avait ce but. 

La copie de monnaies est aussi un secteur d’activités illégales. Il s’agit du monde des faussaires. Les premiers cas documentés de faux monnayeurs provoquant par leur activité des problèmes dans l’économie datent du Moyen Âge, sous Philippe IV le Bel, roi de France.

 

Etre un faux monnayeur était un des pires crimes qui pouvaient être reproché car exercer un métier lié à l’argent entraînait, après la mort, un séjour au purgatoire. Personne ne voulait donc travailler dans ce secteur d’activités qui, rapidement, devînt un secteur pour les classes « intouchables » de la société, ceux que personne ne voulait employer : les Juifs et les Lombards ( immigrés du Nord de l’Italie, alors en proie, à des crises politiques, des famines, des épidémies…).

 

Les plus grands procès de l’époque attribuaient systématiquement aux condamnés le crime de faux-monnayage : ce fut le cas pour les Templiers, Enguerrand de Marigny ( ministre du roi de France Louis X le Hutin ) et Gilles de Rey ( ex général de Jeanne d’Arc qui s’adonnait à la sorcellerie ), un peu comme si la frappe de fausses monnaies était une activité obligatoire pour un grand criminel.

 

De la Renaissance à nos jours, la copie de monnaies a un but illégal mais aussi humoristique. Ainsi Mengs, au XVIII ième S, se fit une gloire d’avoir grugé l’amateur d’art antique Winckelmann en lui prodiguant des œuvres d’art et des monnaies sorties de ses ateliers et présentées comme des antiques. La plupart avait été réalisée dans une volonté de toucher Winckelmann, en représentant les amours de Jupiter et de son échanson Ganymède, d’Apollon et de Narcisse, de l’empereur Hadrien et d’Antinous,.. le collectionneur ayant été un des premiers à afficher son homosexualité dans la bonne société européenne. 

Le Hainaut fut le théâtre d’un canular de faussaire durant le XIX ième S. Rénier Chalon ( 1802-1889 ), receveur de contributions montois ( il termina sa carrière à Bruxelles), était très connu dans les milieux de la numismatique et de la bibliophilie. 

Il possédait de riches collections et avait une très grande notoriété au sein des sociétés savantes hennuyères.

Ce bel esprit fut à l’origine d’un canular facétieux vers 1850: la mise en vente de la collection d’un pseudo comte de Fortsas. Le catalogue de vente publique était le fruit de l’imagination de Chalon lui-même. Il y présentait cinquante-deux ouvrages précieux, souvent incunables, qui étaient soi-disant exposés dans le domicile du comte imaginaire, à Binche.

 

Le catalogue portait des notices rédigées de façon à allécher les collectionneurs les plus avertis : « Mr le Comte de Fortsas n’admettait sur ses tablettes que des ouvrages inconnus à tous les bibliographes et les catalogistes. ».

L’annonce de la vente fut une véritable tempête en Belgique : la bibliothèque royale allât jusqu’à demander des subsides supplémentaires aux différents ministères de l’époque afin de pouvoir prétendre à l’achat de quelques objets de la collection !Mais, quelques jours avant l’ouverture de la vente, Chalon conçut de fausses affichettes annonçant qu’elle était annulée, la ville de Binche ayant racheté pour son propre compte les biens du comte de Fortsas.

Ce catalogue fut l’objet du phénomène du serpent qui se mord la queue : en effet, les exemplaires du faux catalogue de vente de la collection Fortsas sont forts prisés des bibliophiles ! 
 

Chalon s’amusa, en plus de cet « hoax » avant l’heure, à publier de fausses monnaies commémoratives célébrant les menus scandales de son temps. Ainsi, en 1848, il réalisa une monnaie en l’honneur d’Armand de Perceval, membre de la chambre des représentants entaché par une affaire de mœurs ( pédérastie, voire pédophilie ) qui le poussa à démissionner de différents mandats dix ans plus tôt : l’exemplaire était orné d’une paire de fesses !

 

Notons que Chalon était secrétaire et trésorier de la « société des agathopèdes », parodie des sociétés secrètes fort prisées à l’époque. Elle fut l’auteur de l’affaire « Royaumir », concernant la prétendue venue d’un sorcier espagnol capable de faire pousser les plantes. La copie de monnaie peut être aussi un hommage. La démarche la plus courante est de mettre en scène une icône de l’art antique sur un support imitant ceux de l’époque.

 

C’est le cas pour cette monnaie représentant la reine Néfertiti. Au droit, nous voyons la souveraine ( dont le nom signifie « La Belle est venue »), épouse du pharaon hérétique Akhénaton qui popularisa une sorte de monothéïsme/animisme basé sur le culte du disque solaire Aton vers 1370-1330 avt J-C. Dans cette religion, tout est manifestation d’Aton, des grands dieux du panthéon ( ex. Hathor est Aton dans son rôle de fécondité ) aux objets.

 

Sur cette monnaie, l’image de la reine est inspirée par le buste découvert en 1912 par Ludwig Borchardt , archéologue prussien, dans un atelier de sculpteur d’Amarna ( capitale d’Akhénaton ). Cette sculpture est aujourd’hui conservée à l’Ägyptische Museum de Berlin. La monnaie qui nous occupe a été éditée sous le règne du roi Fouad Ier et de son fils Farouk Ier ( années 1930 ), époque où l’Egypte, sous l’impulsion de ces souverains, recommence à s’intéresser à son passé d’au-delà la conquête musulmane. 

La monnaie a le diamètre d’une monnaie antique ( 2, 5 cm de diamètre ) et est constitué d’alliages usités à l’époque ( électrum mêlé de nickel et d’or ). Sa valeur est entre 50 et 100 piastres ( il existe plusieurs monnaies de ce type avec chaque fois un numéraire différent ). Dans les années 1970, le profil de la reine illustra des billets. Chaque numéraire était à l’effigie d’une icône de l’art égyptien : le sphinx, les pyramides, Toutankhâmon, … 

 

Néfertiti. 1370 avt J-C. Musée de Berlin

Une autre monnaie figurant Néfertiti fut éditée en 2005 mais elle est très différente : elle représente la reine portant une coiffe de dépouille de vautour, iconographie surtout connue par des reliefs de temple et que Néfertiti emprunta à la fin du règne de son beau-père Aménophis III, vers 1385 avt J-C. Notons que ces monnaies, séparées pourtant de la reine par trois mille ans, sont parfois vendues comme étant des exemplaires frappés à l’époque de Néfertiti !

 

Nous pouvons conclure que dans le monde de la numismatique, le vieux proverbe « C’est trop beau pour être vrai » se vérifie pleinement.

Monnaie Néfertiti

Monnaie Néfertiti gauche

 

Piastre Nefertiti

 

Déborah Moine

 

 

Pour en savoir plus… :

 

  • www.cgb.fr

  • www.darkstories.com/arnaque.htm ( sur les faussaires ).

  • www.delcampe.net

  • www.e-monnaies.fr

  • www.globalegyptianmuseum.org

  • F. ARNAUD, Faussaires de l’art, art des faussaires, 1960. 

  • T. GANSCHOW et U. KAMPMANN, Die münzen der römischen Münstatte Alexandria, 2008. 

  • O. KURZ, Faux et faussaires, 1983. 

  • M. NAIM, Le livre noir de l’économie, 2007.

  • Rénier Chalon, alias Fortsas, Musée de Mariemont, 2008. 

  • Sur l’égyptomanie en numismatique, les ouvrages de Jean-Marcel HUMBERT.

  • Sur le faux en art, les ouvrages de Gilles PERRAULT. 

  • Sur la numismatique celte, les ouvrages de Katherine GRUEL

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